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CHAMIPONNATS D'EUROPE MASTERS - HELSINKI 2007

Reportage de Bernard De Longueville, Athlète du CABW

Depuis que j’ai participé aux championnats du monde d’athlétisme Master à Puerto Rico en 2003, je n’ai pas arrêté de penser à l’occasion suivante qui se présenterait. J’ai laissé passer les années en examinant les destinations des championnats d’Europe et du Monde, Indoor et Outdoor, la période dans l’année, ma situation familiale et professionnelle, mon état de forme, mes blessures… jamais la combinaison n’était bonne jusqu’à cet hiver.

Je n’ai jamais été un fan des compétitions hivernales, puisque quand j’étais « jeune » il n’y avait quasi pas de salles décentes et les compétitions étaient rares et les déplacements à l’étranger un peu folklorique, et depuis que je suis « Master », je dois dire que durant l’automne et l’hiver je soigne mes bobos de la saison d’été, je trouve le temps humide, ceci ayant une mauvaise influence sur ma souplesse et les articulations… bref, je trouve que l’athlétisme c’est quand même beaucoup mieux en short au soleil.

Cette année, je suis sorti intact de la saison d’été, et j’ai donc eu pour ambition de participer aux championnats de Belgique Master, pour la première fois avec catégories d’âge séparées, en essayant de battre quelques records du club au passage. En examinant comme chaque année le calendrier international, je constate que les championnats d’Europe Master indoor ont lieu à Helsinki, en Mars à une date qui me convient. Allez, go, on y va… à quelle épreuve participer ? Se taper Helsinki, faire trois sauts en longueur, louper la finale et rentrer en Belgique, c’est un peu cher, sachant que les frais sont entièrement à charge des participants. Participer à plusieurs épreuves ? Why not, mais je sais très bien que mon organisme ne supporte pas bien des compétitions à dates rapprochées, perdant beaucoup de « ressort » et de souplesse après le premier jour… donc il ne reste qu’une solution, le Pentathlon, pour suivre l’exemple de la championne suédoise Karolina Kluft qui s’est adonnée aux épreuves multiples, car il était beaucoup plus amusant de passer une ou deux journées entières sur le stade que quelques minutes. De plus, je dois dire que le programme du Penthatlon indoor me convient assez bien avec le 60 mètres haies, la longueur, le poids, la hauteur et le 1.000 mètres.

Après quelques entraînements sur les haies hautes (1 mètre), je valide le choix, et je participe aux championnats de Belgique de Penthatlon avec des performances acceptables pour figurer honorablement en Finlande… je confirme mon inscription et mon vol SN Brussels Airlines. Malgré mes vœux pieux, ma préparation pour Helsinky sera sommaire : préparation pour le 1.000 mètres : deux séances d’aérobie de 15 minutes, pour le 60 mètres haies : deux compétitions et trois entraînements, un peu de vitesse, quelques entraînements de base… et basta, en fait comme d’habitude, on ne se refait pas

Il me reste finalement la cartouche sur laquelle je compte toujours, mon amour de la compétition et ma faculté de me transcender durant les compétitions importantes. Pour des raisons familiales et professionnelles, je réduis mon séjour à Helsinki au minimum de temps: arrivée le mercredi après-midi, compétition jeudi toute la journée, et retour le vendredi soir, je peux donc inclure une petite journée de visite de la capitale finlandaise (570.000 habitants).

Lors des championnats de Belgique de Pentathlon, j’avais mal géré le côté alimentation, arrivant au 1.000 mètres sans aucun « jus »… comment gérer cela en Finlande, sans savoir comment sera l’organisation « bouffe » sur place ? La journée est annoncée très longue avec un départ du 60 mètres haires à 9h16 et une clôture avec le 1.000 mètres à 21h25. Je pars donc de Belgique avec un « tupperwaere » de 500 grammes de pâtes (cuites) pour mon petit déjeuner à 6 heures du matin dans la chambre de l’hôtel et un petit « refill » en milieu de journée avant le break de l’après-midi. Je n’oublie pas l’Isostar et les barres énergétiques.

De nombreux athlètes belges, une bonne vingtaine, prennent le même vol que moi. Cela détend l’atmosphère, on échange ses expériences, ses adresses d’hôtels, ses ambitions. Une fois arrivés sur place, c’est un peu chacun pour soi : trouver le bus qui convient, l’emplacement de l’hôtel qui est différent pour chacun car la fédération ne centralise absolument rien, le stade pour la confirmation des inscriptions… La piste fait 200 mètres, elle est dans un hall bas de plafond avec des colonnes centrales, ce n’est pas le Topsporthal de Gent, mais c’est suffisant et même mieux dans la mesure où il y a deux sautoirs à la perche, deux en longueurs, deux en hauteur et deux aires de lancement du poids. La piste de sprint est située sur le côté et ne compte que six couloirs… il faudra bien cela pour absorber les 2098 athlètes inscrits pour 5 jours d’épreuves.

Les Finlandais sont raide dingues d’athlétisme, et ils seront 600 à participer. Nous logeons à proximité du stade olympique des jeux de 1952, et la fameuse tour de 72 mètres de haut, soit la distance du record du monde du javelot, spécialité finlandaise, détenu à cette époque par un Finlandais. Le stade contient aussi un musée du sport assez remarquable pour les amateurs que nous sommes. C’est aussi sur ce stade que notre Sylvia Dethier a fait ses derniers championnats outdoor internationaux en 1994. Ils sont aussi raide dingues de sport et de sauna… voilà pourquoi notre hôtel est équipé d’une piscine, d’un sauna et d’une salle de fitness.

Le jour J est là, levé à 6h du matin pour un bon réveil musculaire et une digestion suffisante 3 heures avant la course. Je sais que les pros se lèvent 5 h avant… mais ils sont pros… Je saute sur mon tupperwaere de pâtes, et immédiatement un tour à la salle de fitness à 6h30… j’avais crainte qu’elle ne soit pas ouverte, et à mon grand étonnement, une dizaine de quidams étaient déjà en train de suer sur les différents home trainers (vélo ou course à pied). Je fais 5 minutes de vélo à bonne allure pour éveiller mes fibres musculaires à vitesse grand V, ensuite trois longueur de piscine pour la tonicité… je n’ai pas trouvé que le sauna eut été une bonne idée, je m’en suis abstenu donc.

Tout se passe dans les temps, bonne sensation, échauffement correct sans en faire trop car je devrai quand même m’échauffer 5 fois pour les cinq épreuves… Mon 60 mètres haies s’est passé comme dans un rêve jusqu’à ce que la dernière haie ne me réveille… en effet, en tête de la course à égalité avec un géant hollandais (le futur champion d’Europe du pentathlon), après l’avant dernière haie j’ai eu un léger mouvement de tête dans sa direction ce qui a eu pour effet de troubler ma concentration, heurter la haie violemment et terminer en titubant… malgré cela je suis à 1 centième de mon record, voilà une occasion ratée d’avoir battu mon record de 15 centièmes… caramba 30 points perdus. Je réalise quand même le sixième temps sur 25, sachant que deux des cinq premiers ne feront pas plus que le 60mh.

La longueur suit les haies, c’est ma spécialité… un bon essai de mise en jambe devant la planche (dommage, mais quand même 5m66, ma meilleure perf. de l’hiver), le second sera meilleur, 5m74, mais je sors du bac à sable à quatre pattes avec un lumbago… je tente un troisième essai, mais avec un dos en compote, je ne peux rien espérer… caramba, 5m90 était à ma portée…encore 50 points de perdu… bon, je suis quand même sixième à la longueur et malgré tout 4ème au général, à ma plus grande surprise.

Malgré la demi-heure de massage pour maintenir mon dos chaud, le poids sera un calvaire, je peux à peine me pencher et je ne réalise que 9m46, progressant à chaque essai, vers une très modeste douzième place, je perds une place au classement général, avec un paquet de concurrent très proche de mois. A ce moment-là, je me demande comment je vais terminer mon pentathlon, si je serai capable de le terminer ! Et pourtant le meilleur est à venir… Durant le concours du lancement du poids, je rencontre un médecin français qui me donne un anti inflammatoire « radical », me dit-il, à prendre ¼ heure avant l’épreuve, effet d’une durée de 6 heures.

Quelques pâtes made in Belgium, une bonne sieste et 5 heures plus tard, j’entreprends l’échauffement de la hauteur, interrompu par la cérémonie d’ouverture… pour un concours qui durera 2 heures 30… sachant que nous sommes encore 22 en course et que le concours commence à 1m30 avec une barre tous les 3 cm… Je commence à sauter une heure plus tard, soit deux heures après le début de mon échauffement… et aussi incroyable que cela paraisse, j’ai encore des jambes… l’anti inflammatoire a fait de l’effet en atténuant le côté aigu de la douleur, mais le lumbago est toujours là. Je réalise la quatrième performance avec 1m66, soit mon record égalé… 1m69 n’était pas irréalisable et je conserve ma cinquième place, me rapprochant de la quatrième.

C’est à ce moment là que mon calvaire doit commencer avec le 1.000 mètres qui se courre à 22h50 au lieu de 21h30. Je prends mes repaires avec mes concurrents et je décide de suivre un français qui courre en 3’15, alors que mon record est de 3’37 (beaucoup de minimes font mieux). Je me rends compte à l’échauffement que mes jambes sont toujours là (merci les pâtes et sucres lents)… en avant, je n’ai rien à perdre. Ce mille mètres se déroulera à merveille, puisque j’ai battu mon record de 16 secondes, soit un gain de 129 points… inespéré. 129 points, cela fait 0.60 sec au 60mh, 50 cm en longueur, 2 mètres au poids et 12 cm en hauteur… bref, j’ai vraiment gagné des points là où je ne m’y attendais pas, mais aussi là où ils étaient les plus facile à gagner… mais cela je ne le savais pas. Je dépasse finalement le quatrième, mais je me fais dépasser par le sixième… donc je reste cinquième (vous avez compris !), une performance inespérée.

Ceci termine le récit d’une belle journée d’athlétisme comme je les aime, avec quelques belles images de tous ces athlètes parfois d’un autre temps avec leurs spikes d’époque, leurs lunettes sur le nez pour lire les résultats, leur technique de saut en hauteur qui allait du ciseau au fosbury en passant par le ventral… tout cela dans le même concours. Je suis heureux de cette journée, de cette ambiance, de ce rassemblement international polyglotte,… heureux mais brisé, cassé… mais dans deux mois, j’ai 45 ans, je change de catégorie, je serai le plus jeune… ça va saigner.



 

 

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