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Reportage
de Bernard De Longueville, Athlète du
CABW
Depuis
que j’ai participé aux championnats du monde d’athlétisme Master à Puerto
Rico en 2003, je n’ai pas arrêté de penser à l’occasion suivante qui se
présenterait. J’ai laissé passer les années en examinant les destinations
des championnats d’Europe et du Monde, Indoor et Outdoor, la période dans
l’année, ma situation familiale et professionnelle, mon état de forme, mes
blessures… jamais la combinaison n’était bonne jusqu’à cet hiver.
Je
n’ai jamais été un fan des compétitions hivernales, puisque quand j’étais
« jeune » il n’y avait quasi pas de salles décentes et les compétitions
étaient rares et les déplacements à l’étranger un peu folklorique, et
depuis que je suis « Master », je dois dire que durant l’automne
et l’hiver je soigne mes bobos de la saison d’été, je trouve le temps
humide, ceci ayant une mauvaise influence sur ma souplesse et les
articulations… bref, je trouve que l’athlétisme c’est quand même
beaucoup mieux en short au soleil.
Cette
année, je suis sorti intact de la saison d’été, et j’ai donc eu pour
ambition de participer aux championnats de Belgique Master, pour la première
fois avec catégories d’âge séparées, en essayant de battre quelques
records du club au passage. En examinant comme chaque année le calendrier
international, je constate que les championnats d’Europe Master indoor ont
lieu à Helsinki, en Mars à une date qui me convient. Allez, go, on y va… à
quelle épreuve participer ? Se taper Helsinki, faire trois sauts en
longueur, louper la finale et rentrer en Belgique, c’est un peu cher, sachant
que les frais sont entièrement à charge des participants. Participer à
plusieurs épreuves ? Why not, mais je sais très bien que mon organisme ne
supporte pas bien des compétitions à dates rapprochées, perdant beaucoup de
« ressort » et de souplesse après le premier jour… donc il ne
reste qu’une solution, le Pentathlon, pour suivre l’exemple de la championne
suédoise Karolina Kluft qui s’est adonnée aux épreuves multiples, car il était
beaucoup plus amusant de passer une ou deux journées entières sur le stade que
quelques minutes. De plus, je dois dire que le programme du Penthatlon indoor me
convient assez bien avec le 60 mètres haies, la longueur, le poids, la hauteur
et le 1.000 mètres.
Après
quelques entraînements sur les haies hautes (1 mètre), je valide le choix, et
je participe aux championnats de Belgique de Penthatlon avec des performances
acceptables pour figurer honorablement en Finlande… je confirme mon
inscription et mon vol SN Brussels Airlines. Malgré mes vœux pieux, ma préparation
pour Helsinky sera sommaire : préparation pour le 1.000 mètres :
deux séances d’aérobie de 15 minutes, pour le 60 mètres haies : deux
compétitions et trois entraînements, un peu de vitesse, quelques entraînements
de base… et basta, en fait comme d’habitude, on ne se refait pas
Il
me reste finalement la cartouche sur laquelle je compte toujours, mon amour de
la compétition et ma faculté de me transcender durant les compétitions
importantes. Pour des raisons familiales et professionnelles, je réduis mon séjour
à Helsinki au minimum de temps: arrivée le mercredi après-midi, compétition
jeudi toute la journée, et retour le vendredi soir, je peux donc inclure une
petite journée de visite de la capitale finlandaise (570.000 habitants).
Lors
des championnats de Belgique de Pentathlon, j’avais mal géré le côté
alimentation, arrivant au 1.000 mètres sans aucun « jus »…
comment gérer cela en Finlande, sans savoir comment sera l’organisation
« bouffe » sur place ? La journée est annoncée très longue
avec un départ du 60 mètres haires à 9h16 et une clôture avec le 1.000 mètres
à 21h25. Je pars donc de Belgique avec un « tupperwaere » de 500
grammes de pâtes (cuites) pour mon petit déjeuner à 6 heures du matin dans la
chambre de l’hôtel et un petit « refill » en milieu de journée
avant le break de l’après-midi. Je n’oublie pas l’Isostar et les barres
énergétiques.
De
nombreux athlètes belges, une bonne vingtaine, prennent le même vol que moi.
Cela détend l’atmosphère, on échange ses expériences, ses adresses d’hôtels,
ses ambitions. Une fois arrivés sur place, c’est un peu chacun pour soi :
trouver le bus qui convient, l’emplacement de l’hôtel qui est différent
pour chacun car la fédération ne centralise absolument rien, le stade pour la
confirmation des inscriptions… La piste fait 200 mètres, elle est dans un
hall bas de plafond avec des colonnes centrales, ce n’est pas le Topsporthal
de Gent, mais c’est suffisant et même mieux dans la mesure où il y a deux
sautoirs à la perche, deux en longueurs, deux en hauteur et deux aires de
lancement du poids. La piste de sprint est située sur le côté et ne compte
que six couloirs… il faudra bien cela pour absorber les 2098 athlètes
inscrits pour 5 jours d’épreuves.
Les
Finlandais sont raide dingues d’athlétisme, et ils seront 600 à participer.
Nous logeons à proximité du stade olympique des jeux de 1952, et la fameuse
tour de 72 mètres de haut, soit la distance du record du monde du javelot, spécialité
finlandaise, détenu à cette époque par un Finlandais. Le stade contient aussi
un musée du sport assez remarquable pour les amateurs que nous sommes. C’est
aussi sur ce stade que notre Sylvia Dethier a fait ses derniers championnats
outdoor internationaux en 1994. Ils sont aussi raide dingues de sport et de
sauna… voilà pourquoi notre hôtel est équipé d’une piscine, d’un sauna
et d’une salle de fitness.
Le
jour J est là, levé à 6h du matin pour un bon réveil musculaire et une
digestion suffisante 3 heures avant la course. Je sais que les pros se lèvent 5
h avant… mais ils sont pros… Je saute sur mon tupperwaere de pâtes, et immédiatement
un tour à la salle de fitness à 6h30… j’avais crainte qu’elle ne soit
pas ouverte, et à mon grand étonnement, une dizaine de quidams étaient déjà
en train de suer sur les différents home trainers (vélo ou course à pied). Je
fais 5 minutes de vélo à bonne allure pour éveiller mes fibres musculaires à
vitesse grand V, ensuite trois longueur de piscine pour la tonicité… je
n’ai pas trouvé que le sauna eut été une bonne idée, je m’en suis
abstenu donc.
Tout
se passe dans les temps, bonne sensation, échauffement correct sans en faire
trop car je devrai quand même m’échauffer 5 fois pour les cinq épreuves…
Mon 60 mètres haies s’est passé comme dans un rêve jusqu’à ce que la
dernière haie ne me réveille… en effet, en tête de la course à égalité
avec un géant hollandais (le futur champion d’Europe du pentathlon), après
l’avant dernière haie j’ai eu un léger mouvement de tête dans sa
direction ce qui a eu pour effet de troubler ma concentration, heurter la haie
violemment et terminer en titubant… malgré cela je suis à 1 centième de mon
record, voilà une occasion ratée d’avoir battu mon record de 15 centièmes…
caramba 30 points perdus. Je réalise quand même le sixième temps sur 25,
sachant que deux des cinq premiers ne feront pas plus que le 60mh.
La
longueur suit les haies, c’est ma spécialité… un bon essai de mise en
jambe devant la planche (dommage, mais quand même 5m66, ma meilleure perf. de
l’hiver), le second sera meilleur, 5m74, mais je sors du bac à sable à
quatre pattes avec un lumbago… je tente un troisième essai, mais avec un dos
en compote, je ne peux rien espérer… caramba, 5m90 était à ma portée…encore
50 points de perdu… bon, je suis quand même sixième à la longueur et malgré
tout 4ème au général, à ma plus grande surprise.
Malgré
la demi-heure de massage pour maintenir mon dos chaud, le poids sera un
calvaire, je peux à peine me pencher et je ne réalise que 9m46, progressant à
chaque essai, vers une très modeste douzième place, je perds une place au
classement général, avec un paquet de concurrent très proche de mois. A ce
moment-là, je me demande comment je vais terminer mon pentathlon, si je serai
capable de le terminer ! Et pourtant le meilleur est à venir… Durant le
concours du lancement du poids, je rencontre un médecin français qui me donne
un anti inflammatoire « radical », me dit-il, à prendre ¼ heure
avant l’épreuve, effet d’une durée de 6 heures.
Quelques
pâtes made in Belgium, une bonne sieste et 5 heures plus tard, j’entreprends
l’échauffement de la hauteur, interrompu par la cérémonie d’ouverture…
pour un concours qui durera 2 heures 30… sachant que nous sommes encore 22 en
course et que le concours commence à 1m30 avec une barre tous les 3 cm… Je
commence à sauter une heure plus tard, soit deux heures après le début de mon
échauffement… et aussi incroyable que cela paraisse, j’ai encore des
jambes… l’anti inflammatoire a fait de l’effet en atténuant le côté
aigu de la douleur, mais le lumbago est toujours là. Je réalise la quatrième
performance avec 1m66, soit mon record égalé… 1m69 n’était pas irréalisable
et je conserve ma cinquième place, me rapprochant de la quatrième.
C’est
à ce moment là que mon calvaire doit commencer avec le 1.000 mètres qui se
courre à 22h50 au lieu de 21h30. Je prends mes repaires avec mes concurrents et
je décide de suivre un français qui courre en 3’15, alors que mon record est
de 3’37 (beaucoup de minimes font mieux). Je me rends compte à l’échauffement
que mes jambes sont toujours là (merci les pâtes et sucres lents)… en avant,
je n’ai rien à perdre. Ce mille mètres se déroulera à merveille, puisque
j’ai battu mon record de 16 secondes, soit un gain de 129 points… inespéré.
129 points, cela fait 0.60 sec au 60mh, 50 cm en longueur, 2 mètres au poids et
12 cm en hauteur… bref, j’ai vraiment gagné des points là où je ne m’y
attendais pas, mais aussi là où ils étaient les plus facile à gagner… mais
cela je ne le savais pas. Je dépasse finalement le quatrième, mais je me fais
dépasser par le sixième… donc je reste cinquième (vous avez compris !),
une performance inespérée.
Ceci
termine le récit d’une belle journée d’athlétisme comme je les aime, avec
quelques belles images de tous ces athlètes parfois d’un autre temps avec
leurs spikes d’époque, leurs lunettes sur le nez pour lire les résultats,
leur technique de saut en hauteur qui allait du ciseau au fosbury en passant par
le ventral… tout cela dans le même concours. Je suis heureux de cette journée,
de cette ambiance, de ce rassemblement international polyglotte,… heureux mais
brisé, cassé… mais dans deux mois, j’ai 45 ans, je change de catégorie,
je serai le plus jeune… ça va saigner.
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